"Va vers ton risque"

, par La Fédé

Suite aux discussions de la Fédération des arts de la rue sur les questions de sûreté/ sécurité, Antoine Le Ménestrel nous livre quelques impressions et expériences utilisant les métaphores de l’escalade, son univers.

“Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront.”
René Char

Lignes de Vie

La responsabilité ne se partage pas comme des parts d’un fardeau. Nous avons une part de responsabilité individuelle, je fais mon nœud d’encordement et je le verifie. Nous avons une part de responsabilité collective, je vérifie le noœud de mon compagnon de cordée . C’est ensemble que nous arriverons au sommet. Si l’un disparaît, je ne serai pas capable de revenir...
Le partage est mon sommet. Nous sommes nourris de culture judéo-chrétienne. Dans la Genèse et l’histoire de la chute, l’homme reporte la faute sur la femme qui reporte la faute sur le serpent ; nous n’assumons pas notre part de responsabilité.
Le risque est subjectif. Grimper au premier étage est mon quotidien, c’est impensable pour la plus part. Lorsque je prends un risque, j’engage toujours d’autre personne. La personne qui m’assure, mes proches... Une prise de risque a toujours une part qui implique d’autres personnes. Spectateurs, artistes, techniciens, organisateurs, élus font cordée, nos prises de risque sont différentes et pourtant nous partageons un même but.
Si j’ai peur en escalade, car les points d’ancrage ne sont pas certains de tenir. C’est normal d’avoir peur. Ma peur veut m’ apprendre quelques choses je dois modifier soit mon environnement soit me modifier.
J’ai plusieurs choix possibles :
Je ne grimpe plus.
Je peux grimper en pensant que "ça passe ou cela casse", mais un jour ou l’autre "lorsque l’on tire sur la corde" elle finit par casser.
Je peux modifier mon environnement matériel, je place des scellements comme points d’ancrage inarrachable.
Je peux me changer et je décide de grimper en me concentrant d’avantage sur mon escalade.
Je peux aussi densifier ma relation avec mon compagnon de cordée, en développant notre relation de confiance.

Florilège :
Les barrières n’arrêtent pas les peurs
La pandémie de la peur va nous rendre malade
Ayons peur, c’est bon pour l’imagination
Rassurons la sécurité
Encordé, mais libre
L’espace en prison
Enchaînez nos responsabilités
Le risque est vivant
Libérez le risque
Vive le risque

La Bourse ou la vie ©XavierBoutin

Face aux mesures, face aux barrières, je jouerais sur les barrières, je fais du spectacle avec l’espace public et non dans l’espace public. L’acte artistique est pour moi plus important que Le spectacle. Le chemin pour gravir la montagne est plus importante que le sommet : il y a 30 ans j’ai participé à l’invention de l’escalade libre, elle valorise la relation entre le corps et le minéral elle devient plus que la conquête du sommet. Au moyen-âge Les troubadours ont inventé l’amour courtois qui valorise l’approche de la femme. L’acte n’est plus le but, faire la cour rend créatif. Mon but est le chemin créatif et amoureux. Je cherche à sortir de la dictature du sommet et de la dictature du spectacle. Le spectacle à la différence du sommet est sans fin. Je suis "dans un processus interactif par lequel les personnes et les communautés, tout en préservant leurs spécificités individuelles et leurs différences expriment la culture de l’humanité", tout en étant responsable de leurs actes et conscients de leurs interdépendances.

J’ai rêvé d’un acte participatif, un autodafé avec un feu de barrières : Je suis enfermé dans un cercle de barrières de sécurité, je suis cagoulé en noir je porte une ceinture de pétards autour du corps. Je commence à démonter les barrières autour de moi et je construis une montagne. Avec l’aide des participants qui ramènent de toute la ville les barrières je les accumule vers le haut la montagne grandis. Au sommet, enfin j’allume le feu des pétards et de fumée ; je me retrouve nu tel un étendard fragile, humain.

Verticalement
Antoine Le Menestrel
lemenestrel@wanadoo.fr