Un lieu de fabrique, kézako ?

, par La Fédé

Comment fonctionne un lieu de travail, quelles dynamiques produit-il ? Présentation et explications par la Fédération des Arts de la rue Rhône-Alpes-Auvergne.

La Fédération des arts de la rue Rhône-Alpes mène depuis mars 2014 un travail de recensement des lieux de fabrique régionaux. Ce chantier a pour objectif de favoriser la rencontre et le dialogue entre eux, de réfléchir à la structuration d’un réseau régional pour une meilleure coopération, de les valoriser et les promouvoir auprès des institutions et collectivités territoriales pour le développement d’une politique d’accompagnement. Les travaux d’enquête et d’analyse ont permis de dessiner les contours d’une définition des lieux de fabrique.
Ce chantier est mené dans le cadre d’un groupe de travail régional intitulé « Lieux de fabrique partagés », et rassemble divers acteurs régionaux du spectacle vivant (organisation et réseaux professionnels, agence culturelle régionale, lieux de fabrique).

Les arts de la rue se caractérisent par un processus de création ouvert sur les différents espaces qu’ils investissent. Constamment en mouvement, ces pratiques artistiques nécessitent des moyens de création en adéquation avec leurs spécificités : les lieux de fabriques sont un des outils primordiaux.
Espaces d’expérimentation, de recherche, de construction, mais aussi de rencontres, d’échanges, de transmission et de coopération et de confrontation, les lieux de fabrique se donnent pour mission l’accompagnement de projets artistiques et culturels.
Leur première préoccupation est d’accueillir des équipes artistiques afin de leur mettre à disposition des espaces de travail sur une période qui peut s’étendre de quelques jours à plusieurs années, tout au long du processus de création. De la recherche et l’expérimentation à l’oeuvre terminée, les différentes phases peuvent alors exister et se développer au sein de ces structures.
Les accueils peuvent se traduire par une co-production, une mise à disposition gratuite, un troc, ou encore une participation aux frais. Cette pluralité de type d’échange est caractéristique de la multiplicité des typologies de lieux de fabrique : il serait inopportun de vouloir les définir uniquement par des critères objectifs et quantitatifs. Par leurs spécificités inhérentes aux infrastructures, aux modes de fonctionnement, aux économies plurielles, sociales et solidaires, les lieux de fabrique sont en capacité de proposer diverses formes d’accompagnement : artistique, technique, administratif et/ou de l’ordre de la transmission et de la formation.
Lieux de vie, ils sont résolument ouverts sur leur territoire. Ils jouent un rôle d’intermédiaire entre les artistes, les créations artistiques et les populations, et œuvrent pour une sensibilisation et une éducation artistiques et culturelles. Les lieux de fabriques impliquent des personnes dans leurs projets, directement ou indirectement, et créent des espaces de rencontres et d’échanges. Qu’ils s’agissent d’une visite du lieu, d’une sortie de résidence, d’une étape de travail, d’une répétition générale, d’une séance scolaire, d’une rencontre informelle avec les artistes en présence, d’ateliers artistiques pour amateurs, l’ensemble de ces propositions participe à l’émulation d’une dynamique locale, riche tant pour les porteurs du projet, les équipes artistiques accueillies que pour les usagers.
L’interaction entre le lieu et le territoire est alors réciproque, créant un éco-système où chaque élément évolue. Plusieurs niveaux de coopération s’instituent, permettant de faire vivre cet environnement que l’on peut qualifier de culturel, et reposant sur les relations humaines des différentes parties en jeu. La coopération entre les lieux de fabrique eux mêmes et avec les équipes artistiques se pose comme principe même du projet, élargie par l’ouverture au territoire, incluant les populations mais aussi les partenariats indispensables avec les acteurs locaux, issus des trois secteurs économiques, qu’ils soient associatifs ou non. La reconnaissance réciproque entre acteurs est alors un atout nécessaire pour la CO-construction d’une vie démocratique basée sur le vivre-ensemble et l’ouverture à l’autre. Ces dynamiques humaines collectives agissent alors sur le développement local, social, économique et culturel.
Ces lieux deviennent des espaces où de nouvelles territorialités s’explorent au croisement du culturel, de l’urbain et du social. Les acteurs de ces lieux s’y retrouvent et s’y reconnaissent pour produire et partager des communs. Ils tracent ensemble de nouvelles voies entre les disciplines et entre acteurs. Ils croisent et conçoivent autrement la conscience et la perception de l’architecture et de l’urbanisme, en inventent de nouvelles appropriations, questionnent les enjeux de la ville sensible et priorisent le temps de la recherche. En alternative à la normalisation et à la rationalité économique, ils développent un ostinato insufflé par une éthique de l’action. Ils persévèrent à préserver leur rapport aux lieux, aux œuvres et aux publics ; de la marchandisation de la culture, du risque de modélisation élitaire et de la prolétarisation des pratiques artistiques. Du fait de leur pression essentielle sur le politique pour renouveler l’idée de culture, ils participent à la perspective de nouveaux agencements des politiques culturelles. Par la mise en commun, une interculturalité tangible se signale et s’ouvre des passages d’intercompréhension vers un nouvel espace public et culturel d’interaction, un vivre ensemble singulier, fruit de nouvelles urbanités.

Le soutien, l’accompagnement et la reconnaissance des lieux de fabrique par les pouvoirs publics sont indubitablement fondamentaux, puisque partenaires à part entière de ces projets de territoire. Les Collectivités territoriales et l’Etat doivent ainsi s’inscrire aux côtés des porteurs de lieux de fabrique, afin de garantir la présence et la permanence artistique sur leur territoire. Le maillage territorial que constituent ces structures participe à la diversité culturelle, reconnue comme droit fondamental et associée à la dignité des personnes, se référant à la défense des droits culturels récemment reconnus dans la Loi NOTRe.

La Fédération des arts de la rue Rhône-Alpes-Auvergne