"D’ici demain midi", premier acte !

, par La Fédé

Intitulée « D’ici demain midi », L’Université buissonnière #7 s’est tenue les 24 et 25 janvier 2017 à La Rochelle, en partenariat avec le CNAR Sur le Pont, la fédération Grand’rue de Nouvelle Aquitaine, et l’Université de La Rochelle. Elle a rassemblé plus de 250 personnes. En voici la restitution en feuilleton et vidéo, avant la synthèse complète !

Inspiré du Manifeste pour la création artistique dans l’espace public, le programme de ce temps intensif mais convivial (à moins que ce ne soit le contraire) proposait un retour sur les droits culturels, une exploration des enjeux de l’espace public face aux restrictions de l’état d’urgence, un travail sur la co-construction et ses outils (les SODAREP), et sur le 1% Travaux publics. L’idée étant, en cette année électorale, de décliner le contenu du Manifeste comme outil de programme.

Plénière 1 - Les droits culturels en action(s)

L’Université Buissonnière #6, à Rennes, était entièrement consacrée aux droits culturels récemment entrés dans la loi NOTre. Il ne semblait pas superflu d’y revenir cette année : pas mal d’interrogations subsistent sur la manière dont les professionnels – et les élus- peuvent les mettre en œuvre.
Pour dissiper des malentendus, nous avons convié Patrice Meyer-Bisch, considéré comme « père » des droits culturels en Europe. Philosophe de formation, il est membre de l’Observatoire de la diversité et des droits culturels et coordinateur de l’Institut international d’éthique et des droits de l’homme et de la chaire UNESCO pour les droits de l’homme et la démocratie à l’Université de Fribourg (Suisse).

Dans une intervention marquée par la volonté de prendre en compte les problématiques de l’espace public, il a rappelé quelques fondamentaux des droits culturels :
« Chacun a le droit de s’entendre dire " ton histoire m’intéresse".
Chacun doit pouvoir trouver les capacités d’exprimer ce qui est singulier en toi et qui est universel. D’« extimiser une intimité.Ce qui est au centre des droits culturels, ce n’est pas l’individu, c’est le tissage. Le lien social se fait par croisements et entrechocs
. »
Une approche personnaliste, où chaque personne compte et qui suppose l’entretien d’ un  échosystème culturel riche.
Il a également dissipé quelques malentendus parfois entendus sur l’opposition création/ droits culturels :« On est un peu coincé en France par la notion d’œuvre. On pourrait parler d’ouvrage, qui est un intermédiaire. Cette université buissonnière est un ouvrage. C’est dans ce travail, ce labeur, le labour des mots qu’on se rencontre. Une pratique culturelle, c’est le paradigme dans lequel on peut travailler ensemble. »
Un discours marqué aussi par la prise en compte de la réalité physique de l’espace public comme approprié, écrit, où l’art doit exprimer sa responsabilité.« Embellir la rue, c’est faire qu’elle soit elle même une œuvre. Où commencent et où finissent les arts de la rue ? À mon avis, l’architecture devrait en faire partie.  »
Au passage, il a également réglé quelques comptes avec des mots valises souvent ressassés, telles que celle de « patrimoine immatériel : « Je suis complètement contre le patrimoine immatériel. Tout est physique. C’est dans mon corps que je peux dépasser mon corps » . Et liquidé celle de « non public » : « Si un théâtre s’aperçoit qu’il y a du non-public, c’est qu’il n’est pas un théâtre public !  »

Vidéo de l’intervention de Patrice Meyer-Bisch :

Atelier 1 - Comment repenser nos pratiques au regard des droits culturels ?

Dans les ateliers répartis en cinq groupes, on a échangé sur les multiple déclinaisons des droits culturels dans les pratiques.
Des échanges et réflexions naissent plusieurs constats positifs, non sans laisser certaines inquiétudes s’exprimer.
Les droits culturels sont perçus comme un outil de dialogue avec les élus, permettant de mettre en avant la question du sens, face à l’injonction à la demande d’animatoire et d’événementiel. Ils bousculent la vieille notion de « non-public » et posent la question de la gratuité : « on a enlevé les taxes, l’octroi, pourquoi ne rendrait-on pas tous les lieux culturels gratuits ?  »
C’est aussi une notion qui permet de sortir du face à face artiste/ élu.
Dans les réserves et doutes exprimés, il y le flou qui subsiste parfois sur une notion dont beaucoup ont du mal à se saisir dans la pratique. Le discours est parfois ressenti comme moralisateur et la question est posée de l’équilibre à trouver quand les droits culturels des uns peuvent entrer en conflit avec ceux des autres, et provoquer un risque d’autocensure.

Beaucoup constatent que d’ores et déjà, ils mènent des ateliers, des projets de territoire où la parole des habitants est prise en compte, et se relient avec des énergies citoyennes. Ce qui pose la question de la définition des droits culturels, qui, comme l’ont rappelé les référents des ateliers, ne sont pas juste solubles et réductibles dans le « projet de territoire » ou le « participatif ». En revanche, ils posent la question de la valeur donnée à un travail en profondeur auprès d’une population, par rapport à la « course aux dates » pour son « œuvre », et face à des institutions (notamment les comités d’experts) restés sur le critère malrucien d’ « œuvres majeures de l’humanité  ». Ce qui est à remettre en cause, c’est la notion d’ « expertise » , en substituant l’évaluation des démarches et des processus à celle des œuvres.

La question fondamentale posée étant : comment peut-on juger sa propre action, savoir si elle a permis de « faire humanité », « faire société » ?
Une jolie analogie avec l’escalade exprime le pas de côté (ou changement de paradigme) induit par les droits culturels : « Autrefois, en escalade, ce qui comptait, c’était d’arriver au sommet. Aujourd’hui le plus important, c’est le chemin que l’on emprunte pour y arriver. Et pour trouver l’équilibre entre l’horizontalité de nos démarches et la verticalité de l’institution, il faut faire cordée, plutôt que d’être face à un mur ! ».

N.B/ La vidéo de Patrice Meyer-Bisch a été filmée par Noémie Dufour-Forêt, et Marie Magne, étudiants en master de développement culturel à l’Université de La Rochelle, partenaire de l’Université buissonnière, sous la supervision de Cédric Rochereul de l’Université et Leïla Picard, responsable communication du CNAR Sur le Pont.
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