"D’ici demain midi", dernier acte

, par La Fédé

Suite et fin du compte rendu de l’Université buissonnière #7 à la Rochelle. Où on parle du 1% Travaux publics et des SODAREP, et où l’on se quitte sur une note combative !

Les ateliers succédant à cette troisième plénière se partageaient autour de deux sujets : les SODAREP (schémas d’orientation pour le développement des arts dans l’espace public) et le 1% Travaux publics.

La compagnie Aline en restitution

I. Le 1% travaux public

http://portail-video.univ-lr.fr/7-e...

CR de l’atelier mené par Fabienne Quéméneur

Pour expliciter cette notion assez technique Fabienne a partagé son expérience d’ateliers menés autour du 1% travaux publics, qui a surtout rassemblé des acteurs du milieu culturel. Ce récit a résumé et suscité de multiples interrogations portant à la fois sur le fond et le sens d’une telle mesure, son application et sa gestion.

- Le sens des actions potentiellement financées par le 1% Travaux publics :
Peut-on fabriquer du désir sur cette base ? Comment faire pour résister à l’instrumentalisation qui ferait d’un projet un vecteur de communication un peu déviant, voire un pansement qui permettrait de « supporter les travaux près de chez soi en rigolant » ? La question du sens est cruciale aujourd’hui.*

La gouvernance
Le 1% (qui est un horizon) d’opération lourdes d’aménagement public peut générer des fonds considérable. Comment les gérer, sur quelles procédures les attribuer ? Si des fonds d’intervention sont mis en place, à quelle échelon territorial ?

Technicité et calendrier
À quel moment l’artiste est-il associé à un aménagement et un marché public ? Quelle relation avec les urbanistes et architectes ? Comment faire pour que l’intervention artistique ne se réduise pas à l’animation, voire au pansement, d’un projet d’aménagement ?

_ Traces :
Comment inscrire un projet d’art vivant dans le temps, en garder des traces prenant elles -mêmes la forme d’un objet artistique ?

Cinq groupes de travail ont planché sur les questions posées.

1. Susciter le désir
L’idée est de faire de l’artiste à la définition des villes et des territoires du futur. Sont lancées les idées d’ »artiste municipale » ou de « brumisation artistique permanente » (pour en finir avec les festivals ! De donner à l’artiste un rôle comparable à celui de l’écrivain public, en créant une forme de « dispensaire artistique ».
Au cœur de ces idées foisonnantes, il y a une affirmation politique : la conviction que ce sont les humains et leur tissage relation qui fabriquent la trame vivante de la ville.
Quelques inquiétudes s’expriment, dont le risque de la prime au marketing pour ceux qui sauront ficeler les bons dossiers propres à séduire aménageurs et élus. (La question s’est posée à Rennes, avec la mise en concurrence d’équipes occupés à forger un langage commun avec une agence de marketing).
Il est également exprimé un besoin de partage de ressources et d’expériences.

2. La gestion
Deux modes de gestion d’attribution des fond sont possibles : soit la mise en place de commissions réunissant maître d’ouvrage, maître d’œuvre, DRAC, urbanistes, philosophes...
Soit un fonds collecte l’argent à la manière des sociétés de droits d’auteur. Une collectivité peut également choisir d’associer des artistes à un projet d’aménagement dès l’amont.
La question de compétences nouvelles à acquérir est aussi posée.
Au delà, l’association des artistes à l’aménagement des territoires pose aussi la question de quels territoires nous souhaitons. Comment les retravailler en plaçant l’art et la culture au centre et comment prendre en compte les droits culturels dans ces aménagements ? Quelles collectivités sont concernées ?

3. Savoir faire et compétences
Comment fonctionne un marché public d’aménagement, et où l’artiste doit-il se situer ? Avec qui entamer le dialogue ? Faut-il se rapprocher des maîtres d’œuvre, architectes et urbanistes ? Cela suppose une connaissance technique des procédure que les artistes ne maîtrisent pas forcément, et un risque de complexité accrue. Une objection apparaît : le risque de devoir, encore plus qu’habituellement, se frotter au politique.
Le constat est fait qu’il ne s’agit pas de mélanger les rôles et les degrés d’intervention : « un artiste ne peut pas changer ses plans, nous, on le peut ».
Le besoin de ressources, éventuellement d’un lexique, est de nouveau exprimé.

4. La trace
Quand un projet de territoire s’arrête, il peut créer un choc de déprime en retour. L’idée est de travailler sur son prolongement au travers des traces (vidéo, photos, dessin, éditions). Il y a une zone d’invention à trouver, où la trace devient elle aussi un objet artistique et susciter des réflexions – ce qui justifie que le financement la prenne en compte. Actuellement, il est difficile de chiffrer ce travail de recherche qui suit une action.

II. Les SODAREP

L’acronyme SODAREP (qui n’existe actuellement que dans les textes de la Fédération) signifie Schéma d’Orientation des Arts de la Rue et de l’Espace Public. Il s’agit d’un outil de co-construction des politiques publiques, dans le sillage de ceux créés pour les musiques actuelles : les SOLIMA, et pour les arts visuels, les SODAVI. Un processus horizontal et non -hiérarchique de concertation permanente associant l’ensemble des acteurs d’une profession aux élus et techniciens des collectivités, aux représentants de l’Etat et à d’autres acteurs de la société civile. La démarche emprunte à celle de l’observation participative et partagée, mais entend aller au delà de l’analyse et proposer des actions.

L’objectif :
Favoriser une logique de coopération et complémentarité plutôt que de concurrence entre les acteurs de la profession ;
Travailler dans une logique d’intérêt général, de transparence et d’égalité entre acteurs de la profession, élus, services de l’État, des collectivités et citoyens. C’est ce dernier mot qui singularise la démarche des SODAREP vis-à-vis de celle des autres réseaux : la coconstruction doit laisser une place au citoyen, dans une démarche d’application concrète des droits culturels.

Les stratégies et moyens :

Qui peut impulser cette démarche, et comment ?
Les SODAREP veulent partir de démarches pragmatiques, tenant compte de ce qui existe et de ce qui manque comme présence artistique sur le territoire pour construire ces lieux de concertation. Une démarche qui se heurte aux difficultés concrètes du manque de temps des acteurs. Le rythme en est un élément fondamental à définir. Le SODAREP est un processus, un dialogue qui se construit dans la durée, inventorie les ressources présentes sur le territoire et doit aboutir à une permanence de la concertation, qui doit aussi être rythmée par des décisions.
La question de l’échelle se pose. La carte n’est pas le territoire et plusieurs participants d’atelier ont souligné qu’une communauté d’intérêt ne suivait pas forcément la logique de découpage administratif territorial.
La communauté d’intérêt est en effet la première étape de cette construction. Cette notion de communauté d’intérêt semble intéresser les DRAC. Comment se met-elle en place ?
Le rôle de l’État est questionné : peut-il avoir un rôle d’incitateur et donner une légitimité aux professionnels en tant qu’acteurs de politiques culturelles ?
Plusieurs soulignent que cette construction de schémas de développement culturels devrait être un devoir pour les collectivités, et non une simple option. Tout en soulignant qu’il ne s’agit surtout pas d’instaurer une modélisation, mais de partir des expériences dans leur diversité.

Quelles conclusions tirer de ce qui existe déjà dans les autres disciplines ?

Contrairement aux SOLIMA, dont la démarche est liée à l’État par un comité de suivi, le CGDC.
les SODAREP s’expérimentent actuellement sans inscription dans les textes officiels. Les professionnels ont tenté de faire en sorte que le décret du ministère de la Culture et communication à paraître sur les labels intègre dans leurs mission la création d’espaces de concertation, mais c’est un combat de longue haleine.

En résumé, l’objectif est aujourd’hui d’expérimenter, de défricher le terrain, sachant que plus d’exemples seront probants, mieux l’idée s’imposera.

Synthèse finale de l’Université buissonnière

Après les restitutions d’ateliers, le débat final de l’Université buissonnière a surtout porté sur l’actualité : la menace pesant sur les festivals de l’été avec l’attente des préconisations de la mission Weigel à paraître en mars. La question est posée aux participants : refusons-nous clairement de jouer derrière des barrières ? Et que faisons-nous pour éviter cette situation de contrainte ?
Le débat a été vif sur la notion de ruse avec les contraintes, et le risque d’autocensure.
Mais une position ferme a été adoptée par les participants, avec la décision d’une lettre ouverte adressée au Président de la République.

Lettre ouverte au Président de la République

La question de Châlon a été également posée et reste toujours sans réponse. Aucun directeur n’est nommé et l’inquiétude est de mise pour un rendez-vous fondamental de la profession.

Et aussi...
Cette synthèse serait fort incomplète si elle oubliait celles, savoureuses, proposées par Aline et compagnie à la fin de chaque plénière, qui maîtrisent l’art de retenir la phrase qui fait mouche et de restituer avec humour !

(Photos CNAR Sur le Pont)
Les vidéos ont été réalisées conjointement par l’Université de la Rochelle et le CNAR Sur le Pont.