À propos des Projets Artistiques Culturels de Territoire

, par La Fédé

Cet article a été écrit par Marion VIAN et Philippe SAUNIER BORRELL pour le projet initial de Livre blanc des Arts de la rue. Nous le reproduisons ici, comme grain à moudre pour de futures politiques !

Il y a des évidences à écrire. Évidences qui n’appartiennent pas à une mythologie d’un secteur, mais à la nature politique et culturelle des actions menées et soutenues par des lieux.
Les arts de la rue développent des rapports singuliers aux territoires et à la diversité des personnes qui y vivent, bien au-delà des spectacles qui peuvent être joués partout, au plus près de publics sociologiquement différents. Des artistes et compagnies ont su développer, pour l’espace public au cours de ces 15 dernières années, des écritures singulières qui n’ont de sens et d’intérêt qu’à l’endroit de leur conception. Projets contextuels. Arts relationnels. In situ. In vivo… Peu importe les étiquettes que nos observateurs y colleront, il y a là matière à actions passionnantes participant au renouveau des politiques publiques de la Culture.
Explosant les logiques de production, diffusion et médiation habituellement compartimentées, ces projets viennent bousculer les notions d’œuvre et d’action culturelle. Ils dépassent à la fois « l’expérience esthétique du spectateur et l’expérience artistique de l’amateur » (extrait de la tribune de « on est un certain nombre »).
Il ne s’agit plus de faire POUR les habitants, mais AVEC les personnes qui vivent à cet endroit précisément. Il s’agit d’œuvrer avec tous en s’inscrivant dans la durée, non plus hors sol mais véritablement ancrées dans la vie des territoires. Les Centres Nationaux des Arts de la Rue ont su accompagner les artistes qui développent ces démarches moins « spectaculaires » mais qui signent une présence autre, toujours de création, auprès des habitants. Il suffit d’observer le travail de KMK, Ici Même [Gr], Floriane Facchini, l’Agence Touriste, Collectif Random, Opéra pagaï…
Ce sont des projets dont le résultat artistique est incertain, assumé comme tel dès le départ et qui se concrétise et précise en cours de route, lors du processus, en attention partagée avec les personnes vivant les réalités du territoire. Ces PACT participent à la reconnaissance et à la mise en pratique des Droits culturels de chacun dont la Loi NOTRe de juillet 2015 a rappelé l’importance dans la définition de nos politiques culturelles et dans la réalité du fonctionnement de nos démocraties. Projets à hauteur d’hommes, projets horizontaux.
A l’heure des replis communautaires et identitaires, des revendications nationalistes, comment « refaire société », comment créer les conditions du vivre ensemble, comment favoriser l’émancipation des individus… ? Les PACT portés par des artistes des arts de la rue et les outils d’accompagnement (tels que les CNAR, lieux de fabrique…) peuvent y contribuer modestement en créant ces moments nécessaires d’humanité.

Marion VIAN et Philippe SAUNIER BORRELL codirecteurs de Pronomade(s) en Haute-Garonne, Centre National des Arts de la Rue (Languedoc Roussillon Midi Pyrénées)